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La Liberté - 09.06.2016

Fribourg • Pierre-Fabien Roubaty fête les dix ans de son chœur Arsis samedi, en concert. Pianiste de formation, puis répétiteur, il est devenu chef de chœur. Portrait.

 

ELISABETH HAAS

 

La musique, il est tombé dedans quand il était tout petit. Voire déjà avant. Pierre-Fabien Roubaty a une maman professeure de violon, un papa maître de chapelle à la cathédrale St-Nicolas. Lui a commencé ses études musicales par le piano, auprès de son oncle Philippe Morard, pianiste et chef de chœur. Avant de s’intéresser lui aussi à la direction. Son ensemble vocal, Arsis, fête ses dix ans ce week-end, à l’église St-Michel de Fribourg.

Quand on est né sous une si bonne étoile, la pratique de la musique est tout simplement évidente. La musique de chambre avait sa place à la maison. «J’ai commencé le piano à 5 ans. C’était la décision la plus importante de ma vie, mais je ne me souviens pas pourquoi c’était le piano», raconte Pierre-Fabien Roubaty, 32 ans. Avec les années et l’expérience, c’est naturellement que le pianiste s’est dirigé vers l’accompagnement. Il avait commencé par accompagner les élèves de violon du Conservatoire de Fribourg. Les voix avaient suivi. Le bonheur de faire de la musique à plusieurs était déjà une évidence. A l’HEMU de Lausanne, il a étudié auprès de Marc Pantillon et Todd Camburn. Il a terminé ses masters avec des notes maximales et des prix d’interprétation.

Puis du piano à la direction, la voix a naturellement fait le lien. «Travailler au piano, avec des chefs, c’est une place de choix pour apprendre la direction.» C’est ainsi qu’au Collège Ste-Croix, le chef de chœur Pascal Mayer lui a donné «une chance». Son père aussi, au sein du chœur de la cathédrale. Pierre-Fabien Roubaty y a chanté, puis a été corépétiteur. «Mon père a toujours été là pour m’aider, mais discrètement. Il m’a soutenu, sans s’imposer», apprécie le fils de Pierre-Georges Roubaty. «Ils m’ont lancé, je leur suis reconnaissant.»

Le musicien fribourgeois a fait du chemin depuis ses débuts. Désormais il est répétiteur de l’Ensemble vocal de Lausanne, de l’Opéra d’Avenches, du chœur Pro Arte de Lausanne, il est aussi chef de chant à l’Opéra de Fribourg ainsi que pour les productions d’opéras Lyrica, à Neuchâtel - en attendant de diriger depuis la fosse d’orchestre du Théâtre du Passage. Il a gardé un pied au Conservatoire de Fribourg, comme professeur de culture musicale et accompagnateur des classes de chant et de l’atelier lyrique.

Partager la musique

Une vie stimulante et bien entourée. «J’ai beaucoup appris au contact de Michel Corboz. En tant qu’ado, j’achetais tous les CD de Daniel Reuss pour Harmonia Mundi. Maintenant je joue avec lui à l’EVL», s’étonne Pierre-Fabien Roubaty. Son côté «antistar» n’est pas pour lui déplaire, lui qui ressemble à tout jeune trentenaire décontracté, avide d’apprendre, de multiplier les expériences, sûr de ce qu’il veut faire, mais en rien blasé.

Entre la direction d’Arsis et le piano d’accompagnement, il a trouvé sa voie: le talent d’écoute, de transpositeur, de doublage. Mais aussi toute la gestion d’un groupe. «En tant que soliste, au piano, on est très seul.» Pierre-Fabien Roubaty, lui, aime partager la musique, la pratiquer avec d’autres. Durant le mois de répétition qui précède les représentations de l’Opéra de Fribourg, il raconte tisser des liens forts avec les chanteurs: «On partage quelque chose, la musique, qui est très intense», résume le musicien, qui a besoin de ces émotions-là.

L’oratorio, une mission

Désormais il découvre aussi le pouvoir du charisme. Il n’imaginait pas que les débuts modestes d’Arsis augureraient de dix ans de chant choral. En 2006, il réunissait quelques ados issus du chœur d’enfants de Misery-Courtion, qui avaient envie de poursuivre l’aventure avec lui, et quelques amis. Que le chœur soit toujours là l’émerveille: «C’est beau!» dit simplement Pierre-Fabien Roubaty.

En 2011, l’ensemble vocal décrochait déjà les Prix du jury et du public au Concours choral de Fribourg. Le travail paie. Y compris la formation vocale avec Marie-Françoise Schuwey. L’effectif est «de plus en plus stable», explique-t-il. Il est aujourd’hui de 35 chanteurs, qui ne dépassent pas l’âge de 35 ans. «Ça me touche beaucoup. Tous les lundis, ils sont là, aux répétitions. Certains sont partis vivre ailleurs, sont devenus parents, ils continuent, Arsis reste une priorité pour eux. Ils font que j’ai envie de continuer», admire Pierre-Fabien Roubaty.

Accompagné par l’orchestre baroque Capriccio de Bâle, l’ensemble vocal Arsis chantera samedi soir le mottet «Jesu, meine Freude» de Bach ainsi que la «Missa brevis en la majeur». «J’ai reçu une éducation musicale traditionnelle, justifie le chef. Depuis tout petit, j’ai des émotions musicales liées à l’oratorio. Beaucoup de choses sont en train de se perdre. Ma mission, c’est aussi que ce répertoire d’oratorio ne se perde pas.»

> Sa 20 h Fribourg, Eglise St-Michel.